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IL ETAIT UNE FOIS
... il y a neuf générations
Nicolas DROGLO

POINTS DE REPERES
HISTORIQUES
Cette histoire
débute avec l'année 1712.
Las des guerres
de Succession d'Espagne, les Européens commençaient
alors des pourparlers de paix à UTRECHT, tout en continuant
à s'entretuer dans de petites escarmouches qui prendront
fin après la bataille de DENAIN le 24 juillet.
A VERSAILLES, le
vieux Roi LOUIS XIV pleurait sa descendance qui s'éteignait
à la suite d'une épidémie de rougeole, maladie
que l'on ne savait pas soigner. Déjà, l'année
précédente, son fils le GRAND DAUPHIN était
mort de la variole. Entre le 10 février et le 8 mars 1712
sont emportés successivement la Duchesse de BOURGOGNE Marie-Adélaïde,
le Duc son mari devenu DAUPHIN après la mort de son père,
le Duc de BRETAGNE âgé de cinq ans, fils des précédents.
Pour sa succession, LOUIS XIV n'espérait plus qu'en la survie
du frère de ce dernier, le Duc d'ANJOU âgé de
deux ans. Celui-ci, futur LOUIS XV, atteint du même mal, fut
sauvé par "sa gouvernante qui aurait interdit aux médecins
de l'approcher", selon ce qui est écrit avec humour dans
"Chronique de la France" (Ed Larousse). A l'époque,
la principale thérapeutique consistait en saignées
et en clystères qui achevaient plutôt le malade, semble-t-il.
Premier mariage
de Nicolas
C'est au milieu
de ces malheurs que le 21 mars fut portée sur les fonts baptismaux
de l'église NOTRE-DAME de VERSAILLES une petite fille prénommée
Jeanne Julie dont le père se présenta au prêtre
(signataire de l'acte de baptême) sous le nom de: " NICOLAS
DROGLO, POSTILLON de MONSEIGNEUR le DUC ", la mère était
Marie GRISON. Nicolas déclara ne pas savoir signer.
Qu'est devenue cette
petite Jeanne Julie ? On ne retrouve plus sa trace. Est-elle morte
aussi ? Sa mère Marie s'éteignit en effet le 1er mai,
suite de couches ou victime de l'épidémie en cours
! Elle avait 34 ans. Son inhumation fut attestée par Philippe
FRANCQUET, "cocher de Madame la DUCHESSE", et par Nicolas MERVILLE,
"distributeur de fourrages chez Monseigneur le DUC". Nicolas DROGLO
ne semble pas avoir assisté à la cérémonie
funèbre, il ne figure pas sur l'acte de décès
fourni par les Archives de Versailles. Peut-être était-il
malade, lui aussi, et seuls ses amis auraient accompagné
la défunte au cimetière, ou alors était-il
avec Monseigneur le Duc dans une de ces guérillas qui marquaient
la fin de la campagne !
Ces faits nous ont
amenés à nous interroger : d'où venait NICOLAS
DROGLO et qui était MONSEIGNEUR le DUC ?
Il ne fait aucun
doute que Nicolas était et est toujours un prénom
très porté en Europe du Nord et de l'Est. A cette
époque, les armées étaient composées
de mercenaires recrutés lors d'expéditions de guerre,
en France ou à l'étranger, et il n'est pas impossible
que NICOLAS ait été remarqué pour son amour
des chevaux, au cours d'une manoeuvre quelconque, et ait été
engagé pour conduire un carrosse princier. C'était
peut-être un homme de belle prestance ! Une origine germanique
n'est pas à exclure, si l'on en croit le dictionnaire des
noms de famille d'Albert DAUZAT : la racine germanique "HROG" veut
dire "repos" et "LO" signifie "louange".
Une autre idée
a jailli de l'imagination de Jacques, elle n'engage que lui, mais
elle n'est pas plus farfelue qu'une autre : " Une nuit, je
me réveillais avec ce mot DROGLO sur les lèvres et
je me le répétais de plus en plus vite. DROGLO, DROGLO,
DROGLO... Un flash a surgi : Bon sang, mais c'est bien sûr
! Répétez comme moi DROGLO quatre ou cinq fois de
plus en plus vite, rappelez-vous que notre ancêtre était
Postillon. C'est bien cela...C'est le bruit du trot du cheval !
" Ainsi DROGLO serait une onomatopée caractérisant
le métier de Nicolas. Pourquoi pas, après tout ! A
cette époque les noms de famille n'existaient pas vraiment.
Les métiers, les noms de lieux, les sobriquets servaient
à identifier les personnes. Cela n'exclut pas l'origine germanique.
Nicolas ne savait
pas écrire, mais il occupait une situation certainement enviable.
Etre au service d'un Prince du Sang était une promotion sociale
assez remarquable. "MONSEIGNEUR le DUC" était en effet un
Prince du Sang. Nous avons hésité longuement entre
le DUC d'ORLEANS et le DUC de CONDE. Le Musée de CONDE à
CHANTILLY nous a confirmé qu'il s'agissait bien de LOUIS
HENRI de CONDE. Les CONDE portaient seuls l'appellation DUC DE BOURBON.
LOUIS XIV l'avait voulu ainsi pour rappeler que la descendance de
CONDE était de sang
royal comme la branche aînée, par CHARLES de BOURBON
descendant de Saint LOUIS et par les différents mariages
arrangés par le roi entre ces deux branches. Ainsi LOUIS
III de BOURBON CONDE petit-fils du GRAND CONDE avait épousé
Louise-Françoise de NANTES, l'aînée des filles
légitimées de LOUIS XIV et Madame de MONTESPAN. LOUIS III
était mort en 1710 et le titre de MONSEIGNEUR le DUC était
porté par son fils LOUIS HENRI de BOURBON né en 1692.
Louis-Henri avait 20 ans en cette année 1712, date du premier
acte officiel concernant l'existence de Nicolas DROGLO. C'est à
son service que le "postillon" était engagé.
Deuxième
mariage de Nicolas
Nous n'avons pas
retrouvé trace de la date du second mariage de Nicolas avec
une autre Marie, Marie FAGOT notre ancêtre. Il a dû
avoir lieu environ un an après la mort de Marie GRISON, en
1713. A VERSAILLES ? Ou à PARIS ? La famille de CONDE habitait
dans l'une ou l'autre ville indifféremment. Il y eut deux
HOTELS de CONDE, l'un non loin du PALAIS de VERSAILLES dans l'actuelle
rue des Réservoirs. C'est en 1682 que LOUIS XIV avait installé
la Cour à Versailles. Jusque-là la Cour fut itinérante
au gré du souverain, des Tuileries à Fontainebleau,
à Saint-Germain, à Versailles... L'autre HOTEL de
CONDE était un somptueux ensemble situé en face du
PALAIS du LUXEMBOURG. Il avait été édifié
pour Marie de Médicis. Les jardins de l'Hôtel de Condé
semblaient prolonger ceux du Luxembourg et s'étendaient jusqu'au
Théâtre actuel de l'Odéon.
Le seul indice en
notre possession est le fait que le "parein" et la "mareine" de
leur fils Nicolas Germain signalés sur l'acte de baptême
sont paroissiens de SAINT-EUSTACHE à PARIS. Les ARCHIVES
de PARIS ont conservé peu de documents très anciens.
L'incendie de l'Hôtel de Ville sous la COMMUNE, le 24 mai
1871, a provoqué la disparition de la majorité. Seuls
ceux de la paroisse SAINT EUSTACHE justement purent être reconstitués
en partie, environ un tiers ou un quart seulement. Nous les avons
consultés sans trouver le moindre indice du mariage de Marie
et Nicolas, ni trace du parrain et de la marraine du petit garçon.
Anne PAILLARD la couturière était sans doute
une amie de Marie. Germain COCHINARD le bourgeois devait être
connu de Nicolas qui avait l'occasion d'emmener MONSEIGNEUR le DUC
au PALAIS-ROYAL, proche de St-EUSTACHE.
Louis XIV avait
donné le PALAIS-ROYAL qu'avait habité Anne d'Autriche
leur mère à son frère PHILIPPE d'ORLEANS dit
" MONSIEUR ". Son fils, prénommé comme lui, préférait
habiter le Palais-Royal plutôt que Versailles où l'austérité
qui y régnait, depuis le mariage de Louis XIV vieillissant
avec Mme de Maintenon, en 1683, éloignait les amateurs de
plaisirs galants.
Le PALAIS-ROYAL
était devenu "un îlot infâme" de libertinage.
La majorité du peuple était scandalisée. La
vie dissolue de Philippe inquiétait Louis XIV au point
qu'il préférait voir monter sur le trône ses
enfants nés de Madame de Montespan et légitimés
en 1673, en cas de décès du dernier Dauphin, plutôt
que le fils de MONSIEUR. MONSIEUR mourut en 1701 à la suite
d'une vive altercation qu'il eut avec le roi son frère, au
sujet de la vie de débauche de son fils. Le monarque en fut
très peiné, cependant en 1714, un an avant sa mort,
il rédigea un testament restreignant le pouvoir au Conseil
de Régence de son neveu (et gendre : Philippe avait épousé
une fille de Louis XIV et Mme de Montespan). Le Conseil devrait
comprendre, outre ses bâtards : le Duc du Maine et le Comte
de Toulouse, les vieux serviteurs de l'Etat, toute décision
devant se prendre à la pluralité du suffrage. Dès
le lendemain de la mort de Louis XIV, PHILIPPE fit casser par le
Parlement "l'édit de juillet 1714" comme étant non
conforme aux lois fondamentales du Royaume. Il obtint les pleins
pouvoirs de Régence et écarta ses beaux-frères
légitimés. Il y fit entrer MONSEIGNEUR LE DUC Louis-Henri
de BOURBON-CONDE, son neveu, dont la mère, rappelons-le,
était l'aînée des filles de Louis XIV et Mme
de Montespan. Mgr le Duc devint ensuite Premier Ministre sous Louis
XV.
Monseigneur le Duc
de BOURBON récompensa les bons et loyaux services de son
postillon Nicolas Droglo ou Deroglau par l'attribution d'une pension.
Nicolas
Germain DEROGLAU
1714-1801 (An
9)
Né
le 30 mai 1714, un an avant la mort de Louis XIV, Nicolas Germain
DEROGLAU (ainsi fut-il déclaré sur l'acte de baptême)
mourut le 21 fructidor An 9 de la République (8 septembre
1801). Ce fut l'année de la signature du Concordat entre
le Saint-Siège et Bonaparte. " Déjà Napoléon
perçait sous Bonaparte ". Trois ans plus tard, NAPOLEON se
faisait sacrer empereur à NOTRE-DAME le 2 décembre
1804 par Pie VII. C'est une longue page d'Histoire de France, celle
du siècle des LUMIERES et de la REVOLUTION, que vécut
Nicolas Germain au long de ses 87 ans dont plus de la moitié
se passa à l'ombre de la Cour.
Pour éviter
la confusion entre les deux Nicolas, père et fils, nous nommerons
le plus souvent Nicolas II sous son second prénom Germain.
Au passage, notons que ce prénom rappelle la possible ascendance
germanique, d'autant plus qu'il nommera également sa première
fille Germaine.
Le nom de famille
de Marie sa mère est orthographié sur l'acte de baptême
: FAGAU. Ailleurs, ce sera FAGOT. Ceci nous a inspiré une
nouvelle réflexion sur les noms de famille. Les marraines
de Jeanne Julie et de Nicolas Germain sont toutes deux couturières,
est-il mentionné sur les actes de baptême. Nous avons
été amenés à penser que les deux Marie,
Marie Grison et Marie Fagot, faisaient peut-être partie d'un
atelier de couture travaillant pour la maison de CONDE, et il n'est
pas impossible que la seconde Marie ait eu pour fonction d'habiller
ces dames, de les "fagoter" selon le mot en usage à cette
époque, d'où son nom de Marie FAGOT !
Sous l'Ancien Régime,
nul n'attachait vraiment d'importance aux patronymes et à
leur orthographe. Ecrits par des prêtres ou des collecteurs
d'impôts, les noms étaient plus ou moins phonétiques,
déformés et variés. Le Code Civil de Napoléon
n'y changea pas grand chose. C'est à partir de 1830, avec
les débuts de la révolution industrielle qui verra
le déracinement massif des provinciaux, que les noms de famille
commencent à se fixer, d'après Jean-Louis Beaucarnot
généalogiste. La création des livrets de famille
vers 1877 selon les départements va obliger les officiers
d'Etat Civil à être rigoureux dans l'orthographe des
noms. D'ailleurs Frédéric de RAUGLAUDRE petit-fils
de Germain demandera au tribunal de Vitry-le-François en
1892, il y a donc à peine un siècle, de fixer une
fois pour toutes le patronyme "de RAUGLAUDRE" sous sa forme
actuelle.
Il ne faut guère
se faire d'illusions sur le milieu social des deux premiers ancêtres
connus de la famille de RAUGLAUDRE, parents de Germain. NICOLAS
le père ne savait pas écrire, ce détail est
signalé sur les actes de baptême de ses enfants en
1712 et 1714 et MARIE était probablement couturière,
on l'a dit. Il est évident cependant que Nicolas et ses deux
épouses successives ont vécu dans la plus grande proximité
de la Cour et ont dû être témoins des moeurs
relâchées qui y régnaient. Ainsi on peut imaginer
le postillon NICOLAS acompagnant "MONSEIGNEUR LE DUC" Louis III
de BOURBON-CONDE, "le nain", dans son équipée la veille
du mardi-gras 1710 qui s'acheva par la mort du Prince dans une crise
d'apoplexie à 42 ans ! L'épisode est raconté
dans la biographie de Louise-Anne de Bourbon-Condé, " MADEMOISELLE
DE CHAROLAIS " par Jacques Levron (parue en novembre 1991, Ed Perrin,
collection "Présence de l'Histoire" dirigée par André
Castelot). Louise-Anne aux moeurs libertines était la fille
de ce Louis III de BOURBON et Louise-Françoise de NANTES,
fille légitimée de LOUIS XIV qui avait été
élevée de façon austère par Madame de
MAINTENON, mais n'avait pas gardé trace de cette rigidité.
"Entre deux grossesses elle se donne du bon temps" selon le chroniqueur.
Louis-Henri de Bourbon-Condé
reprit le titre de MONSEIGNEUR LE DUC après la mort de son
père Louis III. Il était aussi duc d'Enghien comme
ses aïeux, depuis qu'Henri II de Bourbon son bisaïeul
avait hérité, par sa femme Charlotte, les titres et
biens du frère de celle-ci, l'illustre Connétable
de Montmorency, duc d'Enghien. MONSEIGNEUR le DUC Louis-Henri
ne vécut guère plus longtemps que son père,
il mourut plus simplement d'une crise de dysenterie à l'âge
de 48 ans. C'était le grand-père du fameux Duc
d'Enghien que Bonaparte fit fusiller en 1804 dans les fossés
de Vincennes pour avoir été convaincu d'un complot
prévoyant l'arrivée au pouvoir d'un prince de la maison
de Bourbon. Cette exécution sommaire horrifia toute l'Europe,
ce qui n'empêcha pas Bonaparte de se faire sacrer empereur
NAPOLEON cette année-là, et de couronner impératrice
JOSEPHINE qu'il avait épousée sous le Directoire.
Le mari de celle-ci, Alexandre de Beauharnais, avait été
guillotiné.
PAGE chez les
CONDE
Après cette
parenthèse d'Histoire, revenons à GERMAIN. Entre sa
naissance et son arrivée en Champagne en 1762, 48 ans ont
passé sur lesquels nous ne savons rien. Mais sur l'acte de
son mariage à Sermaize, son père défunt est
désigné comme "pensionnaire" (nous dirions plutôt
pensionné) du DUC de BOURBON et sa mère comme attachée
à l'HOTEL de CONDE. GERMAIN a donc probablement passé
sajeunesse et son âge mûr soit à PARIS, soit
à VERSAILLES, soit encore à CHANTILLY où MONSEIGNEUR
le DUC avait été "exilé", après sa disgrâce
par LOUIS XV, en 1726.
La tradition familiale,
de mémoire de tante Betty, le dit "page" dans la Maison de
CONDE, un Chérubin en quelque sorte. BEAUMARCHAIS a décrit
de façon ironique la société de l'époque.
Ne s'est-il pas inspiré dans "Le mariage de Figaro" de
l'anecdote racontée par Jacques LEVRON dans la biographie
déjà citée de "MADEMOISELLE de CHAROLAIS".
Le jeune filleul de celle-ci, neveu de Richelieu, fut un de
ses amants. Le biographe écrit :
" En compagnie
d'autres seigneurs, il assiste chaque matin à la toilette
de la duchesse. En fait, les jeunes gens doivent s'éclipser
quand vient pour celle-ci le moment de s'habiller. Un matin,
Chérubin se glisse derrière un paravent et peut ainsi
contempler dans toute leur splendeur les charmes de sa marraine.
Hélas ! Une femme de chambre l'a surpris. Toute la Cour commente
le soir même l'incident "
Si GERMAIN a été
"page", cela n'a pu être que passager, c'était une
occupation de jeunesse et notre aïeul a dû avoir d'autres
emplois chez Monseigneur le DUC ou peut-être ailleurs,
chez Mademoiselle de Charolais soeur du Duc, par exemple ? Celle-ci
vivait dans les Hôtels de Condé, mais aussi dans d'autres
demeures qu'elle aménageait pour recevoir ses amants.
Il est peu probable
en tout cas que Germain se soit éloigné de la COUR.
Peut-être même s'était-il marié,
était-il veuf, ou encore avait-il de bonnes raisons
de s'éloigner de Paris. Toujours est-il qu'il reçut
une éducation plus soignée que celle de son père,
puisqu'il fut choisi par Gaspart BARDONNET pour le représenter
à SERMAIZE. Mais où est situé SERMAIZE et qui
était Gaspart BARDONNET ?
Gaspart BARDONNET
Venant du diocèse
de Clermont, Gaspart BARDONNET était chanoine de Metz, ancien
chapelain du Roi, Grand Bailli et Gouverneur de la ville de Souvigny.
SOUVIGNY, actuel chef-lieu de canton de l'Allier, devait être
une ville importante à l'époque. L'église Renaissance
est très belle et fut justement la nécropole des DUCS
de BOURBON. Gaspart avait une résidence à Paris, rue
des Vieilles-Tuileries, et avait été nommé
par Louis XV, en janvier 1757, prieur commanditaire du Prieuré
de SERMAIZE et seigneur-censier du lieu, en remplacement de
Philippe-Augustin Dupré, bénédictin réformé,
dernier prieur nommé par l'Abbaye de Saint-Claude dont
le Prieuré de la Vierge-Marie de Sermaize dépendait.
Gaspart BARDONNET
avait alors 57 ans. Vivant tous les deux auprès de la Cour,
Gaspart et Germain devaient se connaître pour une raison ou
pour une autre. GERMAIN avait peut-être été
le "clergeon" de GASPART ! GERMAIN fut donc chargé par Gaspart
BARDONNET d'aller s'occuper de son prieuré, Gaspart se contentant
d'encaisser les bénéfices et s'attirant d'ailleurs
la hargne de la population, on le verra plus loin.
Flairant la venue
de la Révolution, Gaspart BARDONNET résilia à
temps sa cure, après s'être enrichi abusivement à
Sermaize, puis il alla vivre tranquillement à Paris, rue
Saint-Antoine, changeant de domicile parisien. La rue Saint
Antoine était située sur le passage des charrettes
menant à la place de la Porte Saint-Antoine, place de
la Bastille aujourd'hui. Quelques "citoyens" de Sermaize qu'il avait
connus et dupés eurent droit à la guillotine. Il les
vit peut-être passer sous sa fenêtre.
Y eut-il quelque
rapport entre le départ de GERMAIN et les bouleversements
qui s'annonçaient à la Cour ?
La COUR en 1762
Louis XV n'est plus
"le Bien-Aimé" de ses sujets. Jamais il n'a été
aussi décrié. Ce qui indispose, c'est son apparente
indifférence à la misère populaire. Ce n'est
qu'une apparence, car Louis XV a du coeur, mais c'est un faible.
La Guerre de Sept ans embrasait toute l'Europe, elle va s'achever
fin 1762, le Traité de Paris le confirmera, laissant la France
affaiblie face à une Angleterre triomphante : Les Indes et
"les quelques arpents de neige" (dixit Voltaire) du Canada sont
perdues. Restent cependant les Antilles. 1762 est l'année
de "L'Affaire Calas" dont Voltaire se servit pour écrire
son "Traité de la Tolérance", avant de se réfugier
en Suisse. Rousseau fit de même après la publication
du "Contrat Social" et de l"Emile" cette même année.
Il avait publié,
sept ans auparavant, le "Discours sur l'origine et les fondements
de l'inégalité". Tous ces écrits où
les philosophes défendent les victimes de l'injustice sociale
dérangent la Cour et inspireront les futurs révolutionnaires
de 1789. La REVOLUTION ne fut pas un mouvement populaire.
A l'origine, elle
fut l'oeuvre de notables en conflit avec les grands corps de l'Etat
et avec les privilégiés de l'Ancien Régime,
aristocrates et prélats. Certaines familles ont trouvé
dans la Révolution une occasion d'ascension sociale, d'autres
y ont perdu leur position. Gaspart BARDONNET faisait partie des
privilégiés. Nicolas Germain DEROGLAU, lui, trouvera
le moyen de monter socialement.
C'est en avril 1758
que LOUISE-ANNE de BOURBON-CONDE, princesse de Charolais,
soeur de MONSIEUR LE DUC, célibataire par indépendance,
amie de Voltaire, était morte, à 62 ans, après
une vie fort licencieuse. Elle fut appelée "la maquerelle
du roi", c'est elle qui poussait dans les bras de Louis XV celles
qui furent ses premières maîtresses. " Quand le
cercueil de Louise-Anne franchit l'entrée du couvent
des Carmélites rue Saint-Jacques, c'est une période
de l'Histoire qui s'achève avec elle " écrit
J. Levron. Généreuse elle avait laissé par
testament à son personnel une pension viagère correspondant
aux gages et à la nourriture donnés de son vivant
( Arch. Nat. K 545). GERMAIN en faisait peut-être partie,
comme on l'a dit, et devenait alors bénéficiaire de
ses largesses. Disponible et pensionné, il aurait accepté
de s'exiler à SERMAIZE. C'est une hypothèse comme
une autre. Il n'est pas impossible qu'il soit retourné au
pays de ses ancêtres. Nicolas et Nicole y sont deux prénoms
très fréquents. Des FAGEOT rappellent aussi le nom
de Marie FAGOT sa mère.
UN PEU DE GEOGRAPHIE...
et encore de l'HISTOIRE
SERMAIZE est une
petite ville de la Marne, au bord de la Saulx, à l'extrémité
nord de la forêt de Trois-Fontaines qui chevauche les
départements de la Marne et de la Meuse. Située entre
Bar-le-Duc et Vitry-le François (axe Est-Ouest),
entre Ste-Menehould et St-Dizier (axe Nord-Sud), ce
fut un lieu de passage et d'occupation des armées dès
l'époque gallo-romaine. SERMAIZE est riche en faits historiques.
Au XVème siècle, Jeanne d'Arc avait deux oncles maternels
résidant à SERMAIZE, l'un Henri de Vouthon, prieur
du monastère et curé de la paroisse, et Jean de Vouthon
son frère qui était couvreur de son métier.
Jeanne y vint souvent, selon la tradition locale.
SERMAIZE fut aussi
une ville thermale réputée depuis l'époque
gallo- romaine jusqu'en 1940, d'où son nom de SERMAIZE-les-BAINS.
Les eaux sont froides, ferrugineuses, calciques et alcalines. L'établissement
ne reprit pas son activité après la guerre.
SERMAIZE fut connu
aussi au 19ème siècle pour ses fonderies en plein
essor de 1830 à 1896. Des chefs-d'oeuvre y furent coulés
dont la statue de LAFAYETTE à Washington, face à la
Maison-Blanche, et les quatre statues du Trocadéro qui
sont maintenant sur le parvis du musée d'ORSAY à Paris.
Sur leur socle on y lit Sermaize-sur-Saulx.
SERMAIZE fut marqué
au début du siècle par l'Affaire DREYFUS. La femme
du comte ESTERHAZY, la comtesse de Nettancourt-Vaubécourt,
habita Sermaize avec ses deux filles de 1920 à 1944, elle
était divorcée mais a toujours défendu son
ex-époux, publiant en 1930 : "La Vérité
sur l'Affaire Dreyfus", elle adopta les idées de Maurras
et abonnée au journal "l'Action Française" afficha
à haute voix ses idées royalistes, se privant de fréquenter
l'église, mais le brave curé BOLLOT l'y accueillait
tout de même, la nuit tombée.
C'est une région
qui fut pourvue aussi en monastères. Non loin du Prieuré
bénédictin de SERMAIZE, de l'Abbaye cistercienne de
CHEMINON et de celle de TROIS-FONTAINES, se trouve JEAND'HEURS,
riche abbaye des Prémontrés, qui devint domaine national
après la Révolution. John MAC CARTHY, époux
de Marie Nicole de RAUGLAUDRE, petite-fille de Germain par son
fils Claude et soeur de notre aïeul Frédéric,
est cité dans un acte notarié du 12 juin 1858 comme
étant propriétaire demeurant au château de JEAND'HEURS.
NAPOLEON avait fait cadeau de l'Abbaye de JEAND'HEURS, devenu bien
national, au Maréchal OUDINOT Duc de Reggio, né à
Bar-le-Duc de condition modeste, décédé
Grand Chancelier de la Légion d'Honneur. Elie Euphémie
Elzéard DRAUGLAUDRE, petite-fille de Germain par son
fils aîné Charles-Antoine, épousa en 1835
Pierre Laurent OUDINOT, natif de la Meuse, sableur dans une fonderie.
Avaient-ils eu un quelconque lien de parenté ? Son second
mari François NINOT fut forgeron.
Le Maréchal
OUDINOT Duc de Reggio avait fait de l'Abbaye de JEAND'HEURS un musée
d'armures qui furent ensuite réparties dans les musées
de France et d'Europe. En 1858 John Mac Carthy l'habitait on ne
sait depuis quand ni combien de temps. Vers 1873 le château
de JEAND'HEURS appartenait à un riche industriel de Paris,
Mr Ratier.
A quelques kms de
JEAND'HEURS, le monastère de TROIS-FONTAINES fut le lieu
d'un crime mystérieux, commis le 19 avril 1751, sur la personne
d'un religieux Dom Chaalons qui en mourut trois semaines plus tard.
Le procureur du Roi qui mena l'enquête et fit publier un monitoire
était, selon les documents, Monsieur de SALLIGNY. C'était
le bisaïeul d'Henriette de RAUGLAUDRE-de SALLIGNY, deuxième
épouse de Claude de RAUGLAUDRE sur lequel on reviendra plus
loin.
Nicolas de SALLIGNY,
seigneur de Matignicourt et de Buisson, avocat du roi, avait épousé
Françoise de SAINT-GENIS. L'aîné de leurs
fils Charles Antoine eut avec Antoinette LEMAIRE une fille et deux
fils dont l'un François épousa Caroline de PELSEZ,
parents d'Henriette.
François
de SALLIGNY-MATIGNICOURT est cité, 40 ans plus tard,
comme président de l'assemblée dans le district de
VITRY-le-FRANCOIS. En mars 1791, il est à CHALONS
pour le remplacement de Mgr de Clermont-Tonnerre, évêque
de la Marne.
En juin il préside
l'assemblée pour la Constitution Civile du Clergé,
décrétée par l'Assemblée Nationale et
acceptée par le Roi. Talleyrand, évêque d'Autun,
député du clergé à la Constituante,
en avait suggéré l'idée. Les curés réfractaires
au Serment à la République étaient déclarés
démissionnaires. François de SALLIGNY exprime sa douleur
de voir le nombre de prêtres à remplacer. Sur 124 ecclésiastiques
du district, 32 refusèrent de prêter serment. En septembre,
François préside l'assemblée des électeurs
dans une salle du Couvent des Récollets pour procéder
à la relève des curés.
Le PRIEURE de
SERMAIZE
Ouvrons une parenthèse
au sujet du PRIEURE de SERMAIZE où Germain travailla et à
l'ombre duquel il fonda et logea sa nombreuse famille. Situé
à côté de l'église bâtie en même
temps que lui, le Prieuré aurait bénéficié
des largesses de Hugues comte de Champagne, d'après la Charte
de fondation de 1093. Par cette Charte, Hugues aurait donné
aux moines venus du Mont JURA sous la conduite d'HUNALD un territoire
important. Le Monastère de SAINT-OYENT ou EUGENT, appelé
depuis SAINT-CLAUDE, d'où venaient ces moines faisait
partie de l'Ordre des Bénédictins de CLUNY. Déjà
chancelant au début du 18è siècle, il disparut
lors de la tourmente révolutionnaire. Ses archives importantes
ont été transférées en trois grosses
voitures vers 1803 aux Archives Départementales du JURA à
MONTMOROT, près de LONS-le-SAUNIER.
Jusqu'à la
REVOLUTION, l'église était priorale et paroissiale,
une porte dont on voit encore la trace sur le mur extérieur
du transept sud la faisait communiquer avec le prieuré.
Sous la REVOLUTION
les citoyens de SERMAIZE demandèrent qu'on leur rende les
bois et paquis communaux dont ils auraient été dépouillés.
Il semblerait que la Charte de fondation attribuée au Comte
Hugues de Champagne ait été un faux, grâce auquel
les Abbés-Prieurs de SERMAIZE se seraient affecté
des droits féodaux et seigneuriaux.
AMODIATEUR
En 1762, Nicolas
Germain est cité comme Amodiateur du Prieuré de SERMAIZE.
Cette fonction consistait à récolter les redevances
pour le Prieur, Seigneur Censier du lieu. Il était probablement
chargé d'accueillir aussi les visiteurs de passage au Prieuré.
Gaspart BARDONNET et Germain se sont-ils bien entendus? Le premier
est considéré par toute la population de SERMAIZE
comme un triste sire, voleur et fripon, accumulant les procès,
tantôt comme accusateur tantôt comme accusé.
Il résidait à Paris et venait peu à Sermaize.
Il avait une servante allemande qu'il promenait en voiture et la
population se plaignait de n'avoir ni prône ni catéchisme.
Très malin, il se fera oublier sous la REVOLUTION.
GERMAIN et lui ont
quelques différends dès le début au sujet de
réparations à faire dans l'église.
Nicolas Germain
est cité encore plusieurs fois, en 1779, 1781, 1783, comme
étant toujours Amodiateur. C'est dans les locaux du Prieuré
que le 25 février 1765 se réfugièrent, selon
le rapport qui en est fait, les notables agressés par les
rebelles de la population soulevée contre Gaspart BARDONNET
parce que mécontentée d'avoir à payer la dîme,
des taxations exagérées, de subir toutes sortes d'abus
administratifs. En particulier les femmes armées de bâtons
et les enfants avec des pierres firent la loi ce jour-là.
Outre ce jour où furent mis à l'abri du Prieuré
les gendarmes blessés, et leurs chevaux à "L'auberge
Saint-Nicolas", il semble que GERMAIN ait pris le parti de la
population sinon il n'aurait pas été intégré
au village comme il l'a été.
A l'article C 1534
des Archives Départementales de la Marne sont classées
diverses requêtes adressées à l'Intendant par
Nicolas Germain, "piqueur", afin d'obtenir paiement de travaux effectués
sous son contrôle sur les routes de 1773 à 1783. Il
est inscrit sur les rôles taillables de 1779 sous la même
mention de "piqueur" pour 27 livres 100 : 10 livres 100 pour la
taille, 17 livres "per capita" (C 909). " Un piqueur est celui qui
prend soin de piquer ou de marquer les ouvriers absents ou présents
et qui les surveille" (Littré)
Germain DEROGLAU
a vécu, vive Nicolas Germain de RAUGLAUDRE !
Le décor
planté, que fit Germain DEROGLAU pour s'imposer et s'intégrer
à SERMAIZE ? Sous la REVOLUTION, il est considéré
comme étant "aubergiste" de "L'auberge Saint-Nicolas".
A la fin de 1794, la TERREUR était terminée, Robespierre
avait été guillotiné le 9 thermidor An 2 (27
juillet 1794). "Le peuple avait la nausée de la guillotine".
Les noms qui avaient pu être modifiés, en contractant
la particule par exemple, s'écrivaient comme jadis. N'était-ce
pas une occasion à saisir ? Il y avait une telle incurie
dans la paperasserie administrative.
DEROGLAU à
son arrivée à SERMAIZE, le nom s'était transformé
au fil des ans, il était devenu : de DRANGLAUD, DRAUGLAUDRE,
D'RAUGLAUDRE, DERAUGLAUDRE, puis "de RAUGLAUDRE" sur un document
du 20 frimaire An 3 (10 décembre 1794), décrit en
fin de chapitre. C'est le 23 avril 1892 que le tribunal de Vitry-le-
François stipule que le nom DRAUGLAUDRE doit s'écrire:
"de RAUGLAUDRE". La demande est faite par FREDERIC de RAUGLAUDRE,
petit-fils de GERMAIN, et ses fils ANDRE et LOUIS, requête
"fondée" dit le tribunal. Il est demandé que soient
vérifiés et rectifiés les actes d'Etat Civil
les concernant.
Ce jugement entérinait
le document du 20 frimaire An 3 évoqué ci-dessus,
ainsi que l'Ordonnance du Ministère de la Guerre du 31 janvier
1823 nommant CLAUDE de RAUGLAUDRE Capitaine au Régiment des
Chasseurs de la Somme sur décision du roi Louis XVIII, le
document précité faisant foi.
Tous les enfants
de Germain dont nous parlerons plus loin conservèrent le
nom DRAUGLAUDRE sur les actes d'état civil après la
Révolution, sauf Claude. Il semblerait, jusqu'à preuve
du contraire, que seule la branche issue de Claude ait eu encore
des descendants mâles en 1892, date de la décision
du tribunal. Etienne Sylvestre, fils de l'aîné Charles
Antoine, était mort en 1877. On ne connaît que la descendance
de sa fille Marie Isabelle.
GERMAIN, NICOLE
et leurs enfants
Quatre ans après
son arrivée à SERMAIZE, Germain trouvant à
son goût la jeune Nicole BIGUET, 18 ans, lui avait témoigné
sa flamme. Il avait alors 52 ans bien sonnés. Il se peut
que Germain, auréolé de son passé parisien,
bel homme comme son père sans doute, ait fasciné malgré
son âge Nicole, fille de Nicolas BIGUET, entrepreneur de bâtiments.
Il se peut que ce mariage n'ait pas eu toutes les faveurs de la
famille de Nicole, vu les 34 ans de différence d'âge.
Il fallait un nom prestigieux pour arranger cela. Sur l'acte de
mariage le 26 mai 1766, on lit ceci : Nicolas Germain de DRANGLAUD
dit de RAUQUELAURE. Notre ancêtre n'en aurait-il pas un
peu rajouté ? Modeste personnage sans notoriété
à la Cour, à PARIS ou à VERSAILLES, il était
devenu un notable à SERMAIZE. N'a t-il pas voulu se poser
en homme important ? Qui donc, à l'époque, aurait
eu la possibilité de contester son état civil ? Germain
ne le connaissait lui-même qu'approximativement : plus
tard, il dira être né à PARIS, au lieu de VERSAILLES,
et avoir 82 ans alors qu'il en avait 80. D'ailleurs leur acte de
mariage est assez fantaisiste : Nicole est citée comme ayant
19 ans environ ! Elle n'en avait pas tout à fait 18.
Neuf mois plus tard,
naissait la première fille Catherine Germaine, le 3 mars
1767. Germain se montra fort empressé auprès de sa
jeune femme qui lui donna 13 enfants en 18 ans, huit filles, cinq
fils, qui virent tous le jour à SERMAIZE. On sait que trois
fils moururent en bas âge. Peut-être en fut-il
aussi d'une fille dont on ne sait rien d'autre que la date de naissance.
Après la mort de Germain, le 8 septembre 1801 (21 fructidor
An 9), Nicole ne tarda pas à se remarier, après 7
mois 1/2 de veuvage. Elle épousa le 30 avril 1802 (10 floréal
An 10) Pierre GRUYER veuf lui aussi, de dix ans son aîné,
à ALLIANCELLES, commune située à 4 kms de SERMAIZE.
Notre aïeule Nicole BIGUET mourut le 17 décembre 1828,
suivant de près son second mari dans la tombe.
Les fils
Charles Antoine
DRAUGLAUDRE, l'aîné des 2 fils survivants de Germain
et Nicole, né le 19 janvier 1770, était le 3è
enfant après Catherine Germaine déjà citée,
et Marie Louise Julie.
Charles Antoine
épousa Marie Anne FRANCOIS dont il eut 3 fils et 3 filles.
Huissier, puis porteur de contraintes, il demeura à SERMAIZE.
La seule descendance connue est celle de son second fils Etienne
Sylvestre, tonnelier, dont la fille, Marie Isabelle DRAUGLAUDRE
épousa le 9 juin 1857 à Sermaize Louis Jules MAUJEAN,
perruquier. Le foyer MAUJEAN tenait son salon de coiffure sur la
place de SERMAIZE encore au début du siècle. Marie
Isabelle née le 10 juillet 1837 à SERMAIZE y mourut
le 22 octobre 1911. Sa petite-fille, Madeleine Marie Juliette
MAUJEAN, fille unique d'Albert Louis MAUJEAN, pharmacien décédé
à 43 ans, et Marie Anne BARROIS est morte le 23 mars 1960
à Saint-Germain-en-Laye. Elle avait épousé
le 12 octobre 1908 à Sermaize un boulanger-pâtissier,
Marcel Marius GILLOT, mort et inhumé à Versailles
le 23 octobre 1955 . Ils eurent deux enfants : Marguerite née
en 1909, demeurant actuellement au 2 rue Hameau à Meudon,
et Marcel né en 1912, décédé le 18 décembre
1988. Tous deux sans descendance.
La maison de Marie
Isabelle MAUJEAN-DRAUGLAUDRE héritée de ses parents
Etienne Sylvestre DRAUGLAUDRE et Marie Catherine DESANLIS était
située au 54 rue de Vitry, elle fut incendiée par
les Allemands en septembre 1914, comme tout le village de SERMAIZE.
Reconstruite après 1918, Albert MARTINET l'occupe actuellement.
D'origine meusienne, ayant travaillé 35 ans à la sucrerie
Béghin-Say à SERMAIZE, Albert Martinet se passionne
pour l'histoire de sa commune et du département, ce qui nous
vaut une partie des renseignements ci-dessus.
. L'aîné
des fils de Charles Antoine DRAUGLAUDRE, Marie Bonaventure né
le 14 mars 1799 (24 ventôse An 7) est décédé
à l'Ile Bourbon (l'actuelle REUNION) le 20 mai 1844, sergent-major
au 3è régiment de marine, sans descendance connue.
Nous n'avons pas connaissance du 3è fils de Charles Antoine.
Bonaventure DRAUGLAUDRE
eut pour parrain un ami de la famille, Alexandre Bonaventure DESPREZ,
ex-curé de SERMAIZE. L'Abbé DESPREZ épousa
la fille du chirurgien de Sermaize, en raison de la loi du 25 Brumaire
An 2, prévoyant que les prêtres passibles de la déportation
en Guyane, "pour avoir tergiversé" lors du Serment à
la République, en seraient exemptés en cas de mariage.
Il exprima plusieurs fois le désir d'exercer de nouveau son
ministère, sur la demande même de ses anciens paroissiens,
il fut même arrêté pour cela. Il écrivit
alors à son ami de collège de Louis-le-Grand,
Maximilien de ROBESPIERRE qui le fit relâcher. L'ex-curé
devint secrétaire de mairie puis juge de paix. Après
le Concordat, toujours désireux de servir l'Eglise, il présenta
une requête à l'Institution ecclésiale sans
succès. Cet ancien curé exclu de son ministère,
parrain de Bonaventure DRAUGLAUDRE, mourut à Vitry-le-François
le 21 novembre 1840.
Nous consacrons
un chapitre spécial au deuxième fils survivant, CLAUDE
FREDERIC notre aïeul, appelé communément CLAUDE.
Il continua l'ascension sociale de son père par deux brillants
mariages avec Eléonore de Mont d'Or puis Henriette de Salligny,
après s'être illustré vaillamment sur les champs
de bataille.
Les filles
De Catherine Germaine,
la fille aînée de Germain et Nicole, on ne sait que
la naissance le 3 mars 1767 et le décès à SAINT
DIZIER le 9 février 1847.
De Louise Julie
née le 24 août 1768 on connaît le mariage avec
Louis Claude SELIK et la mort à ALLIANCELLES le 6 octobre
1841. Notons que le prénom Julie était celui de la
première fille de Nicolas avec Marie GRISON .
La 3ème fille
Marie Marguerite née le 31 juillet 1772 (5ème enfant
après Charles Antoine déjà nommé et
Jean Baptiste décédé à 8 mois) avait
épousé à SERMAIZE le 28 mars 1796 (8 Germinal
An 4) un veuf Etienne PAQUOT né en 1763 à VITRY-en-PERTHOIS.
Onze mois après la mort de celui-ci le 8 décembre
1816, à CHEMINON non loin de SERMAIZE, Marie Marguerite âgée
de 45 ans se remaria avec l'aubergiste Louis Augustin BARROIS de
10 ans plus jeune qu'elle, le 12 novembre 1817. Elle mourut à
CHEMINON sans postérité le 11 avril 1840 âgée
de 68 ans. Son second mari fut emporté au cours d'une épidémie
de choléra le 13 octobre 1854 à 72 ans.
De la 4ème
fille, Nicole Phisie, on ne connaît que la naissance le 6
octobre 1773. Est-elle morte en bas-âge ?
La 5ème Aimée
Louise née le 29 août 1775 épousa à Sermaize
Martin VANESSON le 11 octobre 1798 (20 Vendémiaire An 7).
On ne sait rien de plus.
La 6ème Thérèse
Flore naquit en janvier 1778 . Elle épousa le 28 juin 1797
(10 messidor An 5) à SERMAIZE Jean BIGUET dont elle eut 3
filles et 4 fils, elle mourut en couches à 30 ans le 29.12.1807.
Leur descendance existe encore probablement à SERMAIZE ou
dans la région. Jean BIGUET fut marinier jusqu'en 1808. Les
BIGUET étaient une famille de mariniers pour la plupart qui
transportaient du bois sur la SAULX, de SERMAIZE à VITRY-le-FRANCOIS,
formant un monde à part assez redouté.
C'est de la 7ème
fille, 12ème enfant, que nous savons le plus de choses. Jeanne
Euphrasie naquit le 24 mai 1783 (après trois frères
succédant à Aimée Louise, deux moururent en
bas âge: Nicolas Antoine et Jacques Alexandre. Claude Frédéric
fut l'ancêtre de notre branche, nous y reviendrons). Décédée
le 17 juillet 1865 à ALLIANCELLES, elle avait épousé
le 19 août 1805 dans cette commune François Alexis
FERIN. C'est la trisaïeule de Pierre HAUMONT né lui-même
à SERMAIZE le 4 avril 1914. Instituteur à REIMS, il
est retraité et habite actuellement au 9 rue Jules Ferry,
33290 BLANQUEFORT, porte du MEDOC dont sa femme est originaire.
Il nous a fourni bien des informations sur la famille. Pierre HAUMONT
et sa femme Marie Louise NORMAND ont 4 filles mariées, 9
petits-enfants et un arrière-petit-enfant.
La dernière
fille de Germain et Nicole, la 13ème enfant, Victoire Adélaïde
naquit le 22 décembre 1784 et mourut à 17 ans le 24
octobre 1801 à SERMAIZE, un mois après son père.
La LISTE de la
SOCIETE POPULAIRE, épurée et régénérée,
de SERMAIZE en 1794.
Le nom "de RAUGLAUDRE"
a subi, on l'a vu, bien des vicissitudes avant de devenir ce qu'il
est. Nous pensons que nous devons ce patronyme à l'habileté
de Nicolas Germain qui posa un jalon à son arrivée
à Sermaize en se faisant nommer " de Dranglaud dit de Rauquelaure
" à consonnance plus flatteuse que DROGLO ou DEROGLAU. Puis
les aleas et mutations de l'époque firent le reste.
Le nom " de RAUGLAUDRE
" apparaît la première fois, ainsi orthographié,
sur un document officiel
conservé aux Archives de la Marne (8 L 57). C'est un Tableau
des membres de la Deuxième Société populaire
de Sermaize, épurée et régénérée,
le 20 Frimaire An 3 de la République Française (10
décembre 1794).
" Cette Société
voit le jour après la TERREUR. Forte de 88 membres, elle
a pour vocation de maintenir et sauvegarder les conquêtes
de la République " (extrait des Mémoires de la
Société d'Agriculture, Commerce, Sciences et Arts
de la Marne, 1990, de Albert MARTINET et l'Abbé A. KWANTEN).
Nicolas Germain y figure au 64è rang au titre d'aubergiste,
natif de Paris. Il avait 82 ans, est-il noté, en réalité
80 ans, si on se réfère à son acte de naissance.
Il n'est pas impossible que Nicole sa femme se soit chargée
d'aller inscrire son vieux mari sur la liste, lui attribuant ce
patronyme qui passera ensuite à la postérité.
Germain n'était sans doute pas jacobin, c'est pour cela qu'il
figure sur cette deuxième liste, épurée et
régénérée. "Tous les notables du lieu
en font partie avec des artisans et des cultivateurs, on y compte
seulement six manouvriers".
La première
liste comportait 60 "républicains militants", menée
par un ancien moine de l'Abbaye cistercienne de Cheminon, Jean-Baptiste
Lorcet, qui finit d'ailleurs guillotiné.
Plus tard, au mariage
de Claude Frédéric avec Eléonore de Mont d'Or,
le 23 août 1824, bien que Nicolas Germain soit décédé,
sa femme Nicole au caractère décidé n'a t-elle
pas été l'instigatrice de la reconnaissance du patronyme
de Rauglaudre en témoignant de son authenticité, en
dépit de l'orthographe du nom sur l'acte de décès
de son premier mari ? N'est-elle pas intervenue auprès
des témoins : son second mari Pierre GRUYER, son gendre Augustin
BARROIS, ainsi que deux notables Jean-Baptiste BENARD propriétaire
à Sermaize et Denis COTTENEST ingénieur à Vitry-le-François,
afin qu'ils confirment l'exactitude du nom, mal orthographié
dans les actes précédents, selon leur déclaration
? Cette insistance appuyée, dans l'acte de mariage de Claude,
n'est-elle pas révélatrice du désir d'offrir
un nom à la hauteur de celui prestigieux de la vieille famille
de MONT d'OR !
Sur la deuxième
liste, "épurée et régénérée",
on observe au n° 49 le nom de Nicolas LUCOT, 57 ans. En 1790, ce
LUCOT, "bourgeois de Sermaize", faisait partie des électeurs
du district de Vitry pour procéder au remplacement des prêtres
réfractaires, assemblée présidée par
François de SALLIGNY dont il fut question au début.
Son fils Pierre Nicolas LUCOT devenu chanoine vicaire général
à Troyes vers 1830 fut un prêtre réfractaire
qui émigra au Luxembourg. On le disait cousin des DRAUGLAUDRE.
En fait il était né lui aussi à SERMAIZE.
Claude
de RAUGLAUDRE
1780-1848
CLAUDE Frédéric
était le 10ème des 13 enfants, sa mère avait
à peine 31 ans à sa naissance.
Claude se montra
plus hardi que son aîné Charles Antoine resté
au pays. Né le 3 mars 1780 à SERMAIZE, il eut pour
parrain Charles Nicolas LEFEVRE, notaire, fils de Jean Nicolas Lefèvre,
ex-fermier général qui figure au n° 2 sur la liste
de la Deuxième Société populaire de Sermaize
An 3, mentionnée plus haut. Claude fit d'abord une carrière
militaire. Incorporé à 20 ans le 13 mai 1800 du vivant
de son père, il fit partie de l'armée du Rhin, du
23 septembre 1800 au 21 mai 1801, puis de l'armée du Hanovre,
de 1803 à 1805, et de la Grande Armée. Nommé
sous-lieutenant le 16 septembre 1809, lieutenant le 22 février
1813. Il fut blessé lors de l'attaque des fortifications
de TORRES-VEDRAS au PORTUGAl, à la fin de l'année
1810 ou au début de l'année 1811, et placé
en situation de non-activité le 30 août 1817. Attaché
au 5ème Escadron du Régiment des Chasseurs de la Somme
à Bagneux, il fut promu capitaine au même Régiment,
le 29 janvier 1823, puis réformé par ordonnance royale
du 22 avril 1824. Il était chevalier de la Légion
d'Honneur et de l'Ordre de Saint Louis.
Premier mariage
Il avait 44 ans.
Quatre mois plus tard le 23 août 1824, il épousa à
ALLIANCELLES, près de SERMAIZE, une jeune veuve Eléonore
de MONT D'OR née le 15 mai 1782 à VAUGNERAY (à
l'Ouest de Lyon) de deux ans sa cadette. Elle mourut prématurément
4 ans après. Claude convola alors, deux ans plus tard, avec
Henriette de Salligny notre aïeule. Il fit ainsi deux remarquables
alliances. Beaucoup de jeunes aristocrates étaient morts
dans les multiples guerres et Claude dont le passé militaire
était honorable se présentait comme un bon parti.
Eléonore était la fille du marquis Charles Louis de
MONT D'OR, capitaine d'infanterie, député aux Etats
Généraux, et de Clémence Marie Louise de SAVARY
de BRESSE. Eléonore fut orpheline de mère à
10 ans et de père à 11 ans. Elle avait été
mariée quelques années avec Gabriel DESGOUTTET bientôt
décédé. Selon la tradition, la famille de MONT
D'OR connue dans le Lyonnais était rattachée au célèbre
ROLAND, neveu de CHARLEMAGNE. Eléonore aurait hérité
de son père le fameux cor du paladin Roland. En 1826, Claude
et Eléonore de RAUGLAUDRE firent cadeau de ce cornet au Duc
de BORDEAUX, y joignant les pièces d'identité. Par
lettre du 15 janvier 1828, le Baron de DAMAS accepta le don et envoya
à Claude Frédéric une touffe de cheveux du
jeune prince. Que sont devenus ces "précieux" souvenirs historiques
? (extrait de "L'Intermédiaire des chercheurs et des curieux",
n°1104 du 20 février 1906, page 276). Notons que, dans cette
anecdote, le patronyme est écrit de RAUQUELAUDRE. Eléonore
mourut à ALLIANCELLES le 10 juin 1828 sans postérité.
Deuxième
mariage
Le 22 mai 1830,
Claude épousa à VITRY-en-PERTHOIS Henriette
de SALLIGNY. Fille de François de SALLIGNY et Caroline de
PELSEZ, Henriette née le 14 janvier 1798 à REIMS fut
orpheline de père à l'âge de huit ans. Trois
enfants naquirent de son mariage avec Claude de RAUGLAUDRE :
. L'aînée
Marie Nicole (1831-1905) épousa John MAC CARTHY et en
eut quatre filles. Les trois aînées Charlotte, Kathleen
et Elisabeth épousèrent les Marquis de VILLERS-LA-FAYE,
de BRISAY et de VAUGIRAUD. La quatrième Nicole mourut à
20 ans des suites d'un traumatisme crânien dû à
un grave accident de cheval. Charlotte de VILLERS-LA-FAYE
et Kathleen de BRISAY n'eurent pas de postérité, semble
t-il. De la descendance d' Elisabeth nous avons connaissance
de Solange de VAUGIRAUD, célibataire, les enfants de sa soeur
Colette FRANCE-LANORD décédée en 1988 à
Nancy : Bruno (1947), Thierry (1952), Roland (1955), Christian (1957),
enfin Françoise des AULNOIS-VAUGIRAUD, cousine de Solange
et ses 4 enfants, Olivier (1950), Laurence (1951), Bertrand (1953),
Arnaud (1956). Au total ils seraient environ 55.
. Le deuxième
enfant de Claude et Henriette, François de Paul, mourut à
la naissance.
. Le dernier, Frédéric
eut avec Blanche de Ponthon 5 enfants :
- L'aînée
Marguerite née à ECLARON en 1863 épousa Pierre
CROC, leur descendance habite PLOUDANIEL, ce sont les LOUBOUTIN,
ils doivent être un peu plus d'une quarantaine en tout. (
conjoints compris )
- André
né à ECLARON en 1864 épousa à Saint-Dizier
en 1891 Pauline de VATHAIRE. En 1992, Il doit y avoir environ 375
descendants, un siècle après leur mariage. ( id )
- Louis, né
en 1865 à ECLARON, épousa Jeanne PARFAIT dont les
descendants sont les PRIOU dans la région de Rochefort, environ
80. ( id )
- Henriette,
née à AMBRIERES en 1869, fut chanoinesse de Saint-Augustin,
à Versailles, puis à Hull.
- Enfin il y
eut Charlotte née à KERLOUAN en 1876 qui épousa
Léon de VATHAIRE, frère de Pauline, ils ont environ
175 descendants. ( id )
Les "affaires"
Claude de RAUGLAUDRE
manifesta son caractère entreprenant dans de nombreuses acquisitions
et ventes qu'il fit, semble t-il, avec succès. Ainsi
:
- le 8 mai 1833
achat à un Sieur ROUGERY "manufacturier" à BAR-le-DUC
de 123 hectares à CHATELRAOULD-St-LOUVENT près
de VITRY-le-FRANCOIS. Ils furent revendus une douzaine d'années
plus tard.
- achat également
en 1833 de 175 hectares dans la forêt du DEFFAY, commune de
VANAULT-les-DAMES, pas très loin d'ALLIANCELLES.
- construction
d'une maison à ALLIANCELLES.
Pour des raisons
inconnues, Claude quitta la Champagne et s'installa avec sa famille
à SUEVRES dans le Val de Loire, à 13 kms au Nord-Est
de Blois sur la route d'Orléans, où il reprit ses
achats :
- en 1843 il
achète à François MAUVAGE une grande maison
: 7 pièces au rez-de-chaussée, autant à
l'étage, avec dépendances : étable, écurie,
poulaillers, cave, grange, buanderie, orangerie, cour, jardin de
3 hectares 56 ares, le tout entouré de murs. Cette maison
qu'ils habitèrent est située au Hameau de LA RUE,
elle existerait encore.
- achat de 3
vignes "rouge et noire", puis de la métairie de BAS-MARRON,
107 hectares, commune de SASSAY, arrondissement de Blois, pour 50
000 francs payables en 4 ans. Les conditions de la mise en métayage
sont connues : à la charge du métayer les impôts,
74 hl de blé, 16 hl d'avoine, "menus suffrages" et 4 journées
de charroi remplacées ultérieurement par 40 francs,
soit 10 francs la journée.
- le 2 novembre
1847, achat de 6 ha 51 dans la commune de MAVES, canton de MER.
Il est vraisemblable
que Claude utilisa pour ces acquisitions l'héritage de sa
femme Henriette, légataire universelle d'une soeur de son
père, Marie-Antoinette de SALLIGNY, épouse de
François Emmanuel de BRANGES, morte sans postérité.
Claude et Henriette
devaient mener une vie confortable à LA RUE. Ils y reçurent
Alfred de MUSSET avec lequel Henriette avait des cousins communs.
En effet Marie Ursule Caroline de SALLIGNY, cousine d'Henriette,
avait épousé le 7 juillet 1814 le comte Adolphe de
MUSSET, cousin d'Alfred.
La fin
Claude mourut le
11 avril 1848 à l'âge de 68 ans, dans cette maison
de LA RUE, hameau de SUEVRES, 5 ans après son arrivée.
Dans sa succession, on note en plus des achats déjà
cités, la propriété de 1/4 d'une ferme située
à HEILTZ-LE-MAURUPT, canton de SERMAIZE. Le total
des meubles, bijoux, vins :
8 fûts, 18
hl eau-de-vie, linge, etc. était évalué
à 19 730 francs (dont bijoux divers pour 2 500 francs). Le
passif indiquait en particulier la valeur de la pension de Frédéric
14 ans 1/2, au Collège de PONTLEVOY, pour la somme de 681
frs.
Henriette
de RAUGLAUDRE-de SALLIGNY survécut à son mari 31 ans,
elle retourna vivre en Haute-Marne à ECLARON, dans une maison
qu'elle acheta rue de l'Hôpital le 24 janvier 1853. Elle y
mourut à 80 ans le 16 octobre 1879 et fut enterrée
à ECLARON. Un vitrail de l'église porte son nom, l'ayant
acquis pour 1 400 frs. Sa soeur Antoinette Caroline de SALLIGNY
acquit l'autre partie de ce petit vitrail côté Epitre
sous le nom de A. GARNIER de SALLIGNY, elle était l'épouse
d'André Garnier, notaire et maire d'Eclaron.
Deux ans après
la mort d'Henriette, Frédéric qui habitait alors en
Bretagne avec sa femme et ses cinq enfants revendit la maison de
sa mère le 6 juillet 1881 pour 19 000 frs. Un mois auparavant,
le 13 juin 1881, la soeur d'Henriette, devenue veuve, avait vendu
la sienne, voisine de celle de sa soeur, rue de l'Hôpital.
C'en est fini d'ECLARON,
comme il en fut de SERMAIZE.
Frédéric
de RAUGLAUDRE
1833-1922
dit "Bon Papa
blanc"
Né le 17
octobre 1833 à ALLIANCELLES, Charles Frédéric
semble avoir hérité de
l'esprit d'entreprise
de son père Claude, mais n'eut pas la chance de mener à
bien ses différentes opérations. Au cours de ses études
au Collège de PONTLEVOY, il se lia d'amitié avec Charles
Albert de VATHAIRE. Ce fut là l'origine des liens entre les
deux familles et du double mariage à la génération
suivante : son fils André épousa Pauline de VATHAIRE
et sa fille Charlotte épousa le frère de Pauline,
Léon de VATHAIRE.
ECLARON
A la mort de son
père en 1848, Frédéric avait 14 ans 1/2. Sa
soeur aînée Marie Nicole en avait 17. Cinq ans plus
tard leur mère Henriette acheta une maison à ECLARON,
comme on l'a dit, et s'installa définitivement en Champagne,
son pays d'origine. La soeur d'Henriette, Antoinette de SALLIGNY,
ayant épousé le maire et notaire d'ECLARON, André
GARNIER, ceci explique le choix d'Henriette pour se rapprocher de
sa soeur.
ECLARON est une
petite ville de la Haute-Marne, en bordure du département
de la Marne, traversée par la Blaise, affluent de la Marne,
à 10 km au sud-ouest de Saint Dizier, près des
Forêts du DER et du VAL. Deux ans après sa mère
le 20 mai 1855 Frédéric acheta la maison voisine de
la sienne rue de l'Hôpital, pour la somme de 10 000 F. Il
avait alors 22 ans. Auguste Napoléon de PONTHON habitait
cette petite ville avec les siens. Sa fille Blanche née le
20 décembre 1841 à ECLARON avait 8 ans de moins que
Frédéric. Ils se marièrent le 1 juin 1862 à
ECLARON, Frédéric avait 29 ans.
LA FERME de QUEULX
Frédéric
prit en mains la ferme de Queulx située sur la commune d'AMBRIERES,
à 18 kms de VITRY-LE-FRANCOIS, au Nord-Ouest
d'Eclaron, probablement après la naissance de leur 3ème,
Louis, en 1865. La ferme existait toujours en 1952, date à
laquelle Hubert et Françoise OUDIN reçus à
Eclaron par Louis et Marie de TORCY (décédés
depuis) l'ont visitée, elle avait encore belle allure. Les
pièces du 1er étage qui servaient de logement au-dessus
des communs avaient des boiseries jusqu'à "main d'homme".
Les Torcy habitent la belle maison que
le Général
de PONTHON fit construire dans le bourg après l'Empire. Les
bâtiments de la ferme de Queux n'existent plus, détruits
par un incendie d'origine inconnue il y a une dizaine d'années.
Elle n'appartenait plus à la famille.
Le bisaïeul
de Blanche, Louis-François de PONTHON (1729-1791)
fut seigneur de QUEULX, de MONTARLOT et autres lieux, écuyer,
garde de la porte du roi. QUEULX appartenait donc à la famille
de Ponthon. C'est pouquoi l'exploitation de la ferme fut sans doute
confiée à Frédéric de RAUGLAUDRE. Le
jeune ménage y habita : leur fille Henriette y est née
le 24 avril 1869 et fut déclarée à AMBRIERES.
Les trois aînés, Marguerite, André et Louis
sont nés à Eclaron. Charlotte, elle, vint au monde
bien plus tard, à Kerlouan en Bretagne.
La FAMILLE de
PONTHON
Louis-François
de PONTHON, seigneur de Queulx, n'eut pas de postérité
de son premier mariage. Marié en secondes noces avec Marguerite
GRIMON en 1771, celle-ci lui donna deux fils nés à
ECLARON :
. L'aîné
(1772-1835) prénommé comme son père Louis-François
épousa Madeleine GAUDRON en 1798 à Sarrebourg. Ce
sont les parents d'Auguste-Napoléon de PONTHON (1807-1875)
père de Blanche. Sa mère Victorine FEILLET-PILATRIE
(1816-1875), était née à Sainte-Menehould,
au Nord du département de la Marne.
. Le cadet Charles-François
(1777-1849) fut Baron d'Empire, officier d'ordonnance de Napoléon,
il fit une brillante carrière sous les armes, participant
aux Campagnes de l'Empereur. Général de Division,
Grand Officier de la Légion d'Honneur, Pair de France, son
nom est inscrit sous l'Arc de Triomphe à Paris, côté
avenue Kléber. Ce glorieux soldat séduisit au cours
d'un séjour romain, Madame GIULIANI née Marie Madeleine
PERLOT BRUNET dont il eut un fils. La législation romaine
interdisait le divorce ainsi que la reconnaissance d'enfants adultérins.
"L'adoption" était cependant possible après la disparition
du père putatif. Monsieur GIULANI décédé,
Charles François de PONTHON put épouser Marie-Madeleine
et adopter son propre fils Charles GIULIANI-DEPONTHON. Celui-ci
eut trois filles avec Henriette ROY : Caroline RENAULT (1847-1917),
Francine de TORCY (1851-1930) et Antoinette COUPPEL du LUDE
(1875-1930). Toutes trois eurent plusieurs enfants. Gilles de
TORCY, chef actuel de la famille de TORCY, possède "l'acte
d'adoption" de son arrière-grand-père Charles
GIULIANI-DEPONTHON, signé par le pape.
. Il se peut qu'il
y ait eu deux soeurs aînées restées célibataires,
toutes deux enterrées à Eclaron : Emilie (1799-1847)
et Claire Alexandrine (1801-1871) dont on a relevé les
noms au cimetière.
De CHAMPAGNE
en BRETAGNE
On
ignore pourquoi Frédéric et Blanche de RAUGLAUDRE
décidèrent de quitter la Champagne et de se lancer
dans l'aquaculture dont Frédéric fut un des pionniers,
à KERLOUAN dans le Nord-Finistère,au lieu-dit : YOUC'H
AN DREFF. Ce devait être environ huit ans après leur
mariage qui eut lieu en 1862 , les 3 aînés étant
nés à Eclaron et la 4è à Queulx, de
1863 à 1869. On suppose que la guerre de 1870 ne fut pas
étrangère à ce départ de la région
occupée par les Allemands. La dernière Charlotte est
née le 27 février 1876 à Kerlouan. Cette région
bretonne était rude autant par son climat que par ses habitants
souvent traités de descendants de "pilleurs d'épaves".
Frédéric ne sembla pas en souffrir puisqu'il se baignait
tous les jours, dit-on, hiver comme été, mais les
enfants devaient faire 2 kms à pied matin et soir par tous
les temps pour se rendre à l'école et en revenir.
Frédéric construisit un vivier et une maison qui existent
toujours et y entreposait des crustacés : homards, langoustes
destinés à être commercialisés. Blanche
en comptait régulièrement le nombre elle-même.
Le résultat ne fut pas au niveau de leurs efforts, soit que
les bêtes se battaient, se mangeant entre elles, soit que
certaines aient trouvé bon de regagner leur liberté.
Son associé à l'entreprise ne fit pas l'affaire non
plus. Aussi Frédéric fut-il ruiné.
Contraint d'abandonner,
il accepta alors un poste de professeur d'agriculture à la
Faculté Catholique de LILLE à partir de l'année
1890-1891, selon ce qui ressort des lettres de l'époque.
Blanche était restée en Bretagne, malade, au foyer
de sa fille Marguerite. Le vivier fonctionnait encore un peu. Henriette
était revenue de Nancy afin de soigner sa mère, elle
allait superviser de temps en temps la relative bonne marche du
vivier à KERLOUAN. Charlotte la petite dernière était
encore écolière. FREDERIC et BLANCHE durent "tirer
le diable par la queue" et se faire bien du souci, leur correspondance
en témoigne. Au début de cette année 1891,
leur fils André songea un instant reprendre l'affaire de
Kerlouan, en vain. Il se maria en octobre 1891 avec Pauline de VATHAIRE.
Louis put venir pour le mariage de son frère. La maison d'ECLARON
fut vendue le 21 août 1896, peut-être pour renflouer
les finances.
Dans le jugement
du tribunal de VITRY-le-FRANCOIS le 28 avril 1892 pour rectification
du patronyme de RAUGLAUDRE, Frédéric est mentionné
comme demeurant 54 boulevard Vauban à LILLE, adresse de la
Faculté Catholique. Il semblerait qu'à cette époque,
la santé de Blanche ne lui ait pas permis encore de rejoindre
son mari.
Les années
passées dans le Finistère sont à l'origine
de la branche bretonne
de la famille. Voici l'histoire : Frédéric avait ramené
un chien de chasse à son propriétaire Pierre CROC,
nom écrit sur le collier. C'est ainsi que Pierre CROC et
Marguerite de RAUGLAUDRE se connurent, se plurent et se marièrent
en 1885. Ils eurent 7 enfants, mais beaucoup d'épreuves.
Leurs descendants, les LOUBOUTIN, habitent encore la belle propriété
de TREBODENNIC.
La FIN
Blanche de RAUGLAUDRE-de
PONTHON mourut le 7 mai 1900 à LAMBERSART (Nord) et fut enterrée
à ECLARON. Dans une lettre à Marguerite CROC, Frédéric
évoque l'aînée de sa fille Jeanne CROC morte
peu avant à 14 ans, accueillant sa grand-mère
en paradis. Blanche avait regardé la photo de la petite jusqu'à
la fin. Il demande que l'on se souvienne du dévouement de
Charlotte, au chevet de sa mère.
Vingt deux ans plus
tard, c'est au foyer de Charlotte et Léon de VATHAIRE, à
TAMARIS dans le Gard, que Frédéric mourut le 19 octobre
1922 à 89 ans. Il fut enterré à Tamaris.
TREBODENNIC
Extraits de la lettre
de Frédéric de RAUGLAUDRE à sa fille Marguerite
CROC à l'occasion
de la mort de sa femme Blanche de PONTHON, le 7 mai 1900.
" ..... Il était
à peu près neuf heures du matin.....
On peut dire en
toute vérité et précision qu'elle s'est endormie
dans la paix de Dieu. Elle est souriante sur son lit; il est maintenant
dix heures. Sauf que ses yeux se creusent un peu, on ne peut dire
qu'elle soit changée depuis sa mort...
Le service se fera
demain ici à neuf heures, on conduira le corps à la
gare d'où elle sera transportée à Eclaron.
Charlotte et moi l'accompagnerons. André ne peut nous suivre...
N'oubliez jamais,
mes enfants, quand je ne serai plus là pour vous le recommander,
que nous devons à Charlotte d'avoir conduit tout doucement
par la main votre mère aux portes du Ciel. Ses soins ont
été pour son corps une caresse perpétuelle,
pour son âme le plus bel exemple de douceur, de patience,
d'abnégation.
Et comme elle en
a profité ! Comme ce dur purgatoire de la terre a été
utilisé par l'admirable résignation, l'humilité,
la douceur qui ont pénétré à la fin
de sa vie mortelle et comme embaumé cette âme que la
nature n'avait faite ni résignée ni humble ni douce.
Voilà bien un miracle de la grâce dont Charlotte a
été l'instrument. La pauvre petite déverse
sur moi toute cette tendresse qu'elle prodiguait à sa mère.
Elle me soigne comme un enfant et ne pense pas à elle ! Elle
vient de couvrir de fleurs ce pauvre lit funèbre. Il semble
qu'elle continue ses soins des jours passés.
Adieu, ma chérie,
je pense qu'hier Jeannette accueillait "Grand'Mère" aux portes
du Ciel. S'il y avait encore quelque purification nécessaire,
c'est son intercession qui aura prolongé ses épreuves,
plus, beaucoup plus que les médecins ne le croyaient possible,
pour qu'elle passât immédiatement de la terre stérile
à la terre promise et féconde.
Prions toujours
cependant pour l'un et l'autre, ces prières-là
nous serviront toujours à nous autres qui péchons
encore. Mille tendresses à tous.
Frédéric
de Rauglaudre
P.S. Entre sa dernière
communion et son dernier sommeil, ta mère a eu presque constamment
les yeux fixés sur la photographie de Jeanne placée
sur la cheminée à la portée de son regard.
Elle la contemplait encore pendant que Charlotte lui préparait
la piqûre de morphine.
Ce document n'a
pas la prétention d'apporter toute la lumière sur
l'origine de la famille de RAUGLAUDRE. Merci à tous ceux
qui nous ont fourni les renseignements dont nous avons fait la synthèse,
y apportant notre propre contribution.
Nous avons pris
contact avec plus ou moins de succès avec la Mairie de VERSAILLES,
celles de SERMAIZE et d'ALLIANCELLES, le Musée CONDE à
CHANTILLY, et les ARCHIVES NATIONALES et de PARIS.
Nous remercions
entre autres :
Pierre HAUMONT,
Albert MARTINET, Hubert OUDIN, Edmond de VATHAIRE, et bien sûr
tante Betty.
Cependant de nombreux
points restent obscurs, et si dans la famille des esprits curieux
veulent poursuivre les recherches, ce sera très bien.
Toute information,
confirmée par des actes officiels, nous permettant de compléter
ce travail sera bienvenue. Les hypothèses que nous avons
formulées n'engagent que nous et ne doivent pas être
considérées comme définitives.
Amitiés
à tous
Jacques et Claudie
Mars 1992
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